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Comment la mondialisation néolibérale transforme-t-elle le monde du travail

Définir la mondialisation est tout un défi! Phénomène à la fois économique, politique et social, elle se caractérise par une interdépendance et une influence accrue entre nations de la planète. Elle a de multiples visages et elle nous affecte en tant que citoyenne et citoyen, consommatrice et consommateur, mais aussi commes travailleuse et travailleur.

Au cours de cette section, nous tenterons de mieux comprendre qu'elles forces sont en jeu dans le contexte de la mondialisation néolibérale, et comment c'est nouvelles dynamiques transforment le monde du travail. Bien entendu, il s'agit là d'une introduction à ce vaste sujet, qui sera abordé de façon plus approfondie dans les quatres fiches suivantes qui portent sur l'emploi précaire, le secteur public, le travail des femmes et l'action syndicale, de même que la section consacrée au travail migrant temporaire.

Qu'est ce que la mondialisation néolibérale?

De partout dans le monde, des voix s'élèvent pour dénoncer les effets pervers de la mondialisation et pour réclamer plus de justice et d'équité. Or, la mondialisation est un phénomène qui comporte plusieurs dimensions, dont certaines sont positives, comme le fait de pouvoir voyager et communiquer avec des gens de partout sur la planète. Ainsi, lorsque l'on dénonce la mondialisation, c'est la plupart du temps la mondialisation néolibérale qu'on prend pour cible. 

Le néolibéralisme : une idéologie dominante

Progressivement mis en place depuis les années 80, avec les règnes de Margaret Thatcher en Grande-Bretagne et Ronald Reagan aux États-Unis, le modèle néolibéral domine la pensée économique actuelle. Il repose sur trois principes-clés : la déréglementation des marchés, la libéralisation du commerce et des capitaux, ainsi que la privatisation des entreprises publiques. L’idée derrière le néolibéralisme est qu’en libérant le commerce de ses entraves, celui-ci sera en mesure d’assurer la prospérité et un avenir viable pour toutes et tous.

Le néolibéralisme succède ainsi au modèle keynésien, qui fait la promotion d’un État plus interventionniste en matière d’économie.  Inspiré du krach boursier de 1929, qui a entraîné nombre de personnes dans la misère en l’absence de protection sociale effective,  le modèle keynésien a pavé la voie à la création de l’État-Providence, défenseur du bien commun. Par bien commun, on entend bien sûr la préservation de nos richesses naturelles, telles que l’eau et la terre, mais également la façon dont on organise le vivre ensemble en société, notamment les politiques publiques en matière d’éducation, de santé, de culture, etc.

Cependant, alors que l’État-Providence s’est bâti sur le principe de la solidarité sociale, qui passe par des programmes sociaux collectifs et la contribution des citoyennes et des citoyens aux caisses de l’État selon leurs revenus, on peut dire que le modèle néolibéral fait plutôt la promotion de valeurs et de solutions individualistes. Ainsi, ce qui prime dans cette approche, c’est la liberté. Celles des individus, et surtout, celles des entreprises.

Le commerce international au cœur de la mondialisation néolibérale

Fer de lance de la mondialisation néolibérale, le commerce international représente actuellement plus de 60 % du PIB mondial, contre moins de 30 % au milieu des années 19801 . Il est rendu possible par la mise en œuvre d’accords commerciaux entre nations de la planète, de façon multilatérale (entre plusieurs pays) ou bilatérale (entre deux pays). Avec la signature de ces ententes, les gouvernements réduisent les barrières tarifaires et les frais de douane qui limitent la libre circulation des produits. Ces accords peuvent aussi inclure l’harmonisation de certaines politiquesnationales, la mise en place d’institutions politiques et économiques communes et l’obligation d’ouvrir à la concurrence internationale des secteurs tels que les services publics.

Dans ce contexte, il y a de moins en moins de règles qui encadrent les activités des entreprises sur le plan international. Comme l’affirme avec éloquence Percy Barnevik, PDG de ABB, une multinationale européenne :  "Je décrirais la mondialisation comme la liberté pour mon groupe d'investir où il veut pour le délai qu'il veut, de produire ce qu'il veut, de rechercher ses matières premières où il veut et de vendre ses produits où il veut, en s'embarrassant le moins possible des droits des travailleurs et des accords sociaux2 .

Notons cependant que tout n’est pas dérèglementé. Par exemple, certaines normes n’ont jamais été aussi strictes qu’aujourd’hui. Ainsi, bien que la libre circulation des investissements et des marchandises soit certes favorisée, les personnes ne peuvent se déplacer à leur guise et les lois sur l’immigration se resserrent dans la plupart des pays occidentaux, et ce,  sous prétexte de plus de sécurité…

Par ailleurs, la libre circulation des capitaux est également un aspect important de la mondialisation, avec ce qu’on appelle la financiarisation de l’économie. On entend par là la production de richesse principalement à travers des spéculations sur la valeur des actions boursières, plutôt qu’en alimentant l’économie réelle. Ainsi, le profit est devenu une fin en soi, et non pas un moteur de progrès permettant la création d’emplois et ayant un effet d’entraînement positif sur la santé économique d’un pays et de sa population.

Mondialisation néolibérale: des acteurs à connaître!

Contrairement à ce que bien des gens affirment, la mondialisation néolibérale n’est pas un phénomène naturel ; elle est plutôt le fruit d’un processus dont les valeurs et les modes d’action sont véhiculés par différents types d’acteurs qui y trouvent leur intérêt.

Des entreprises multinationales toutes-puissantes

Dans le contexte de la libéralisation des marchés, certaines entreprises ont acquis un énorme pouvoir. Pensons seulement à Wal-Mart, dont le chiffre d’affaires en 2011 était de plus de 420 milliards de dollars3 , ce qui est équivalent ou supérieur aux revenus de bien des pays, tels que l’Autriche ou l’Afrique du Sud4 .

Pour bien comprendre la logique des multinationales, nous devons garder en tête que les dirigeants de ces entreprises travaillent au service de leurs actionnaires et ont comme principal objectif de générer le maximum de profits à court terme. En ce sens, ils sont à la recherche du plus bas coût de production possible, ignorant par le fait même les impacts néfastes des activités des entreprises sur l’environnement, les droits des travailleuses et des travailleurs et la santé économique et sociale des communautés.

Ces multinationales ont un réseau de contacts très important afin de faire valoir leurs intérêts auprès de nos élus. La pression est forte, car par leur immense fortune, elles ont les moyens d'influencer non seulement le marché économique mondial, mais aussi les institutions financières internationales et nos gouvernements. Dans ce contexte, on peut dire sans se tromper qu'actuellement, ce sont plutôt ces grandes entreprises qui dictent les règles du jeu.

Des États sous influence

Le processus de mondialisation néolibérale effrite le pouvoir régulateur des États, qui sont amenés à réduire leur influence pour laisser toute la place à la libre entreprise et au secteur privé. Ces pressions vers l’application de politiques néolibérales viennent de plusieurs sources : les entreprises, les organisations internationales, mais également les membres des gouvernements eux-mêmes, souvent proches des élites économiques nationales et  internationales.

Dans ce contexte, les États se montrent favorables à la ratification d’accords de libre-échange, aux privatisations importantes et à la mise en place de partenariats publics-privés. Afin d’attirer de grandes entreprises sur leur territoire, ils mettent sur pied des programmes d’allègement d’impôts et promettent un accès privilégié aux ressources naturelles. Au final, ce sont donc les grandes entreprises qui tirent profit de la compétition qui s’installe entre les pays pour attirer les investissements étrangers.

Des organisations économiques et financières dominantes

À l’échelle internationale, trois organisations sont particulièrement cruciales dans la mise en place de politiques néolibérales à l’échelle de la planète : l’Organisation mondiale du commerce (OMC), la Banque Mondiale et le Fonds monétaire international (FMI)].

L’OMC est un forum où sont négociés des accords destinés à réduire les obstacles au commerce international. Pour ce faire, elle administre des accords, arbitre les différends commerciaux entre pays et encadre les cycles de négociation. L’OMC exclut les droits des travailleuses et des travailleurs de ses négociations, mais elle estime que la croissance économique favorisée par une libéralisation plus poussée du commerce contribuera à la promotion de ces droits.

De leur côté, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international sont les principales institutions financières internationales (IFI). Bien que leur objectif commun officiel soit de contribuer à la stabilité financière et à la croissance économique du monde, ces dernières sont en réalité de puissants instruments de promotion des politiques néolibérales, notamment à travers les fameux programmes d’ajustement structurel (PAS) imposés dans les années 80 et 90 aux pays lourdement endettés en échange d’une aide financière. Ces programmes ont porté préjudice aux intérêts des travailleuses et des travailleurs, surtout dans les pays en développement où les coupures drastiques dans le secteur public, les privatisations d’entreprises d’État et les déréglementations en matière d’agriculture ont entraîné des milliers de personnes vers le travail informel, et ultimement, vers une plus grande pauvreté5 .

La mondialisation néolibérale: au service de qui?

Bien entendu, nous ne pouvons nier que le modèle néolibéral génère de la richesse. Cependant, le problème auquel nous faisons face, et qui a enflammé tous les indignés de la planète en 2011, c'est que cette richesse n'est pas redistribuée de façon équitable.

Voici quelques chiffres permettant de jauger de l’ampleur du phénomène :

  •  Pour reprendre une formule bien connue, 1% des foyers de la planète se partagent 44% de la richesse mondiale6 .
  • Depuis les années 90, l’écart des revenus par habitant ne cesse de s’agrandir entre les pays industrialisés et ceux considérés comme étant en voie de développement. Par exemple, le produit intérieur brut (PIB) par personne au Canada était 37 fois plus élevé que celui d’Haïti en 1991, et 68 fois supérieur à celui-ci en 20087 .
  • Les inégalités se creusent aussi à l’intérieur de nos sociétés. Au Québec, le clivage n’a jamais été aussi grand entre les personnes riches et les plus pauvres depuis 30 ans,  et on note un effritement de la classe moyenne, qui passe de 42 % de la population à la fin des années 70, à seulement 31 % en 20068 .
  • En contrepartie, les entreprises et leurs hauts dirigeants sont de plus en plus riches et puissants. Au Canada, l’écart ne cesse de croître entre les revenus des travailleuses et des travailleurs et ceux des chefs d’entreprises : la rémunération moyenne des 100 PDG les mieux payés du pays était de plus de 7 millions de dollars en 2008, ce qui n’est aucunement comparable au revenu moyen canadien de 42 305 $. En fait, le 3 janvier, première journée de travail de l’année, plusieurs dirigeants d’entreprise auront déjà empoché ce que le Canadien moyen gagne en un an9 .
  • On cite souvent les pays émergents (les fameux BRICS : Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), comme des exemples des bienfaits de la mondialisation néolibérale. Or, même si ces pays connaissent une croissance économique sans précédent, les inégalités sociales y sont toujours flagrantes.  

Mondialisation et travail: quels sont les enjeux?

À une certaine époque, au Québec, on tricotait nos chaussettes. Tricoter une paire de bas, ça prend du temps! Pas étonnant que nos grand-mères se donnaient alors la peine de les raccommoder lorsque le talon perçait. Au fil des années, on a délaissé le tricot pour le magasin général, où la majorité des biens vendus était fabriquée chez nous. Par souci d'économie, on prenait encore la peine de réparer ce qui brisait. Mais aujourd'hui, un petit trou dans un seul des deux bas et c'est fini, ils sont bons pour la poubelle! Pas de problème, car quatre paires pour 5$ chez wal-Mart, ce n'est pas cher! Mais d'où provienne donc tous ces produits « pas chers » qu'on retrouve dans les magasins à grande surface? Et bien, il est possible que le coton ait été cultivé au Mali, filé puis teint dans une usine de textile au Bangladesh, pour être ensuite cousu en Chine. Exagéré, vous croyez? Pas vraiment...

La nouvelle division internationale du travail 

Avec la multiplication des accords de libre-échange entre les nations, l’ouverture des frontières permet la spécialisation de la production. Ainsi, à l'image de la production spécialisée de chaque employé sur une chaîne de production, la notion de division internationale du travail est basée sur la logique économique de l’avantage comparatif, qui affirme que chaque pays a intérêt à spécialiser sa production selon les secteurs pour lesquels sa productivité est la plus forte. Ainsi, si chaque pays se concentre sur ce qu’il fait de mieux et à meilleur coût, cela devrait, en théorie, être bénéfique pour tout le monde.

En pratique, cette nouvelle division internationale du travail engendre une complexification de la chaîne de production à l’échelle mondiale. Alors qu’auparavant la production était centralisée dans une usine qui produisait un bien de A à Z, le même produit sera maintenant confectionné en différentes étapes, dans des usines souvent situées à des milliers de kilomètres les unes des autres. Dans ce contexte, les entreprises multinationales ont développé de larges réseaux de fournisseurs dispersés à travers le monde, ce qui fait qu’il est extrêmement difficile de connaître avec précision la provenance d’un produit, car il n’est pas rare qu’elle soit multiple.

Délocaliser… pour mieux régner !

Avec la libéralisation des marchés, il devient de plus en plus facile pour les entreprises de supprimer des emplois dans les pays où les salaires et conditions de travail sont plus élevés, comme au Canada, pour les déplacer là où les frais de production sont plus bas. C’est le phénomène des délocalisations, qui regroupe en fait un ensemble de pratiques permettant à une entreprise d’externaliser sa production et qui peut prendre différentes formes, comme la sous-traitance, le déménagement complet ou partiel de certains secteurs d’activité, ou encore la création directe d’emplois à l’étranger10 . Notons que l’externalisation peut se faire aussi de façon locale, à l’intérieur d’un même pays.  

Dans ce contexte, l’avantage comparatif des pays en développement semble souvent être leur main-d'œuvre facilement exploitable en raison du taux de chômage élevé et des lois sociales laxistes ou inexistantes. Par exemple, on estime que le salaire horaire d’un employé chinois ou indien œuvrant dans le domaine manufacturier est 19 fois inférieur à celui d’un employé canadien œuvrant dans le même secteur. Il n’est donc pas surprenant que cela attire les investisseurs étrangers !

De prime abord, on pourrait penser que cette logique s’applique seulement à des emplois peu spécialisés, comme ceux du secteur manufacturier. S’il est vrai que les délocalisations ont initialement touché ce secteur, elles sont maintenant la réalité de différents types d’emploi, en raison notamment du développement des technologies de l’information et des communications. Ainsi, des emplois dans les secteurs de l’ingénierie, de l’informatique ou du service à la clientèle peuvent être redéployés vers des pays comme l’Inde ou la Chine, où l’on retrouve un bon bassin de main-d’œuvre qualifiée parlant plusieurs langues.

La spirale vers le bas des conditions de travail dans le monde : vers plus de précarité

Au jeu de l’externalisation, les seuls gagnants sont les entreprises multinationales qui choisissent sans contraintes des lieux de production toujours plus avantageux. Cela exerce une pression à la baisse sur les conditions de travail dans tous les pays. Le but de cet exercice est simple : couper dans les coûts de production pour offrir un produit moins cher aux consommatrices et consommateurs et augmenter les profits pour les actionnaires.    Ainsi, la course aux profits et aux produits bon marché dans une économie mondialisée fait en sorte que le travail est considéré comme une simple marchandise ; un coût de production qui doit être réduit au plus bas. Cela favorise la croissance de la précarité en emploi et entraîne des coûts sociaux importants, au Nord comme au Sud.

Selon l’Organisation internationale du Travail (OIT), des millions de personnes souffrent de conditions de travail précaires dans le monde ; au Canada comme ailleurs, ces personnes, bien qu’elles travaillent, ne peuvent jouir d’un salaire décent, de la sécurité d’emploi ou de la protection de leurs droits. Cette précarité en emploi a de nombreux impacts sur les travailleuses et les travailleurs, leurs familles et les communautés en général. En effet, cette situation génère de l’insécurité, rend les gens plus vulnérables, et les prive de la stabilité dont ils ont besoin pour faire des projets à long terme et s’insérer comme citoyennes et citoyens au sein de la société.

  • L’enjeu de l’emploi précaire est abordé dans la fiche A2 : L’emploi précaire, dommage collatéral de l’économie globalisée.

Des secteurs publics en mutation

Bien que les délocalisations à proprement parler touchent plus directement le secteur privé,  le phénomène plus global de l’externalisation s’applique également au secteur public, notamment via le phénomène des privatisations et de la sous-traitance.  Ainsi, même si certains emplois sont difficilement délocalisables, par exemple dans le secteur des services aux personnes,  les travailleuses et les travailleurs qui occupent ces emplois subissent également les conséquences des politiques néolibérales dans leur quotidien.

  • Cet enjeu est approfondi dans la fiche A3 : L’État et la mondialisation néolibérale… quels droits pour les travailleuses et les travailleurs du secteur public ?

Le travail des femmes au cœur de la mondialisation

Le travail des femmes, qu’il soit rémunéré ou non, est un élément incontournable de l’économie globale. D’une part, elles sont majoritaires dans les emplois précaires, un peu partout sur la planète, et constituent une main-d’œuvre flexible que les entreprises peuvent facilement mettre à pied en temps de crise. D’autre part, le travail invisible qu’elles accomplissent quotidiennement, comme les tâches domestiques et les soins aux personnes, permet aux entreprises de jouir d’une main-d'œuvre disponible et libérée de ces tâches pourtant essentielles. Et finalement,  dans le contexte de coupures budgétaires qui caractérise le néolibéralisme, ce sont majoritairement les femmes qui pallient le manque de ressources, notamment en matière d’éducation et de soins aux proches. Et malgré cela, les femmes continuent de subir les effets des politiques néolibérales ; elles représentent 70% des personnes pauvres de notre planète et 60% de la main-d’œuvre pauvre11 .

  •  L’enjeu du travail des femmes  est développé plus amplement dans la fiche A4 : Le travail des femmes au cœur de la mondialisation.

Le travail migrant temporaire : une délocalisation inversée ?

La migration temporaire ne cesse d’augmenter, au Canada comme dans le monde, et elle est fortement influencée par le phénomène de la mondialisation. D’une part, les activités des entreprises s’internationalisent et celles-ci sont à la recherche d’employés très spécialisés, qu’elles recrutent de par le monde, afin de demeurer compétitives. Dans ce contexte, travailler à l’étranger est une décision personnelle, prise dans le but d’acquérir une expérience de travail, d’apprendre une nouvelle langue ou tout simplement par goût de l’aventure.

L’autre côté de la médaille est la migration temporaire de travailleuses et de travailleurs considérés comme peu spécialisés. Cette dernière correspond à une tout autre réalité,  celle de personnes qui ne peuvent trouver dans leur pays un emploi décent. Cette forme de migration connaît une croissance fulgurante actuellement au Canada, allant  jusqu’à dépasser la migration permanente, et elle permet de combler de nombreux emplois dans des secteurs peu rémunérés et peu valorisés, tout au bas de l’échelle. C’est ce qui nous fait dire que la migration temporaire de main d’œuvre est une forme de délocalisation inversée : plutôt que de déménager une usine à l’étranger pour bénéficier de coûts de production moins élevés, on fait appel à de la main-d'œuvre temporaire pour combler des emplois dans des secteurs difficilement délocalisables.

  • Cet enjeu fait l’objet de toute la section B :  Le travail migrant, un enjeu prioritaire dans le contexte de la mondialisation.

Quelle action syndicale dans un marché du travail mondialisé ?

Finalement, la mondialisation néolibérale bouleverse le rapport de force historique entre les organisations syndicales, les entreprises et l’État. En effet, tandis que le pouvoir et l’influence des entreprises multinationales ne cessent de croître, l’État abdique peu à peu son rôle régulateur, lequel s’affaiblit. La mondialisation présente donc tout un défi pour les organisations syndicales qui ne peuvent plus penser leurs actions dans une logique strictement nationale.  Cela implique donc de redéfinir les stratégies syndicales et de développer de nouvelles alliances, dans une perspective globale. Il faut également éviter un piège : celui de mettre la responsabilité des pertes d’emplois au Nord sur les travailleuses et les travailleurs du Sud, qui luttent sans relâche pour leur survie et celle de leur famille… comme nous le ferions sûrement si nous étions à leur place.

  • L’enjeu de l’action syndicale est abordé dans la fiche A5 : L’action syndicale dans le contexte de la mondialisation : pour un nouveau rapport de force à l’échelle de la planète ! Il est également présent de façon transversale dans toute la trousse.

Pour conclure...

Actuellement, le néolibéralisme influence toutes les sphères de notre vie en société, où les exigences de performance et de rentabilité sont devenues incontournables. Cela est particulièrement vrai pour les travailleuses et les travailleurs de tous les coins de la planète, dont le dur labeur est maintenant considéré comme un banal coût de production.

Cependant, contrairement à ce que certains États et économistes prétendent, la mondialisation néolibérale n'est pas une religion! Elle résulte de choix et stratégies développées dans l'intérêt d'une minorité et peut donc être questionnée et redéfinie selon de nouvelles orientations que nous jugeons plus équitables. Ainsi, loin de vouloir réclamer la fermeture de toutes les économies sur elles-mêmes, nous croyons qu'il est cependant important de remettre en question le bien-fondé du modèle économique néolibéral, puisqu'il ne prend pas en compte les dommages collatéraux engendrés au plan social, environnemental et communautaire.

Il existe différentes stratégies pouvant être mises de l'avant par les organisations syndicales pour mener des luttes au Québec et pour agir en solidarité avec les travailleuses et les travailleurs d'autres pays. Nous nous attarderons plus particulièrement aux outils du droit international, qui peuvent être très efficaces pour articuler et légitimer nos revendications et fournir des pistes d'action concrètes. Nous apprendrons comment il est possible d'utiliser ces outils à des fins juridiques, bien entendu, mais également comme moyen d'éducation et de mobilisation afin de défendre les droits des travailleuses et des travailleurs d'ici et d'ailleurs, solidaires dans cette mondialisation qui, elle, n'a pas de frontières.

Principales références

Centre international de solidarité ouvrière. 2009.  Comprendre la délocalisation des emplois… pour mieux agir, Montréal : CISO, 19 p.

Chossudovsky, Michel. 2008.  Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial, Montréal : Éditions Écosociété, 383 p.

Couturier, Eve-Lyne et Bertrand Schepper. 2010.  Qui s’enrichit, s’appauvrit, Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS) et Centre canadien de politiques alternatives (CCPA), 64 p.

Genre en action. 2006 (30 mars). Féminisation de la pauvreté. In Portail d’informations et de ressources sur genre et développement. En ligne. [[http://www.genreenaction.net/spip.php?article4053]]. Consulté le 16 avril 2012.

Organisation internationale du Travail (OIT) et Organisation mondiale du commerce (OMC), Mondialisation et emploi informel dans les pays en développement, 212 p.

Toussaint, Eric. 2005.  La Bourse ou la vie. La finance contre les peuples. Paris : Éditions Syllepse, 638  p. 

 

Coordination

Martine Joyal

Recherche et rédaction

Julie Désilets et Martine Joyal

Comité de lecture

Luc Brunet, Association des retraitées et retraités de l’enseignement du Québec (AREQ)

Priscilla Bittar, Conseil central du Montréal métropolitain (CCMM-CSN)

Isabelle Coulombe, Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ)

Karine Crépeau, Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ)

Guillaume Desmarais, Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS)

Johanne Gagnon, Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ)

Roselyne Legault, Confédération des syndicats nationaux (CSN)

Jean-François Piché, Centrale des syndicats du Québec (CSQ)

Révision linguistique

Luc Brunet

Conception graphique

Marlene-b.com

Illustrations

Jacques Goldstyn

Nous remercions vivement les organisations syndicales partenaires de ce projet : AREQ, APTS, CSQ, CSN, CCMM-CSN,  FTQ, FIQ et SFPQ.

Nous reconnaissons l’appui financier du Centre de recherche sur le développement international (CRDI), de la Fondation Léo-Cormier et du Ministère des Relations internationales du Québec (MRI).

 


1. Organisation internationale du Tavail (OIT) et Organisation mondiale du commerce (OMC), Mondialisation et emploi informel dans les pays en développement. p. 4. 
2. Eric Toussaint, Bourse ou la vie, 2005, p.116.
3. Selon le classement annuel du magazine Fortune.
4. Selon les chiffres du Fonds monétaire international (FMI) pour 2011.
5. Michel Chossudovsky, Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial, Éditions Écosociété, 2008.
6. Selon le rapport annuel 2011 Global Wealth Databook du Crédit Suisse.
7. Selon les chiffres de la Banque Mondiale pour 2009.
8. Eve-Lyne Couturier et Bertrand Schepper, Qui s'enrichit, s'appauvrir, Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS) et Centre canadien de politiques alternatives (CCPA), 2010.
9. Selon une étude du Centre canadien de politiques alternatives, citée dans un article du journal le Droit, 4 janvier 2012.
10. CISO, Comprendre la délocalisation des emplois... pour mieux agir, 2009, p.1-19.
11. Genre en action, 2006 (30 mars), Féminisation de la pauvreté, In Portail d'informations et de ressources sur genre et développement. En ligne http://www.genreenaction.net/spip.php?article4053. Consulté le 16 avril 2012.