Selon plusieurs observateurs, le phénomène de privatisation a eu et continue d’avoir des coûts sociaux et économiques importants en Haïti. Ainsi, loin de favoriser l’amélioration du secteur public, les privatisations ont plutôt eu pour effet d’augmenter la concentration de la richesse et du pouvoir et d’encourager la corruption, dans un pays où les inégalités sociales sont criantes.

Tout d’abord, l’accès aux services publics a été réduit de façon importante. C’est le cas notamment pour l’eau, qui fait l’objet d’un partenariat public-privé depuis 2011. Ainsi, certaines familles dépensent maintenant presque la moitié de leurs revenus pour s’approvisionner en eau potable. On peut s’imaginer les conséquences potentielles d’une telle situation en termes de santé publique. De plus, les produits dont la production a été privatisée, comme le ciment et la farine, sont maintenant de 4 à 5 fois plus chers, ce qui concourt à appauvrir encore plus la population.

Au niveau de l’emploi, les privatisations ont entraîné des mises à pied massives, précipitant de nombreuses personnes vers le travail informel. Cette forme de travail regroupe les emplois ou activités commerciales qui ne sont pas enregistrés ou protégés par l’État.1 Phénomène complexe, le travail informel caractérise plus particulièrement les économies des pays en développement. C’est un secteur hétéroclite qui regroupe des activités variées, allant de la coiffure au taxi, en passant par les cliniques de santé communautaires et la vente de téléphones cellulaires! Selon les cas, on peut également y inclure le travail agricole, qui se réalise la plupart du temps en dehors d’un cadre formel.