Le secteur privé, principalement concentré à Port-au-Prince, propose des soins de meilleure qualité à des coûts très élevés. Seulement les plus nantis peuvent s’offrir ces soins, soit environ 20 % de la population. Le service public, quant à lui, est présent à travers tout le pays, avec des moyens très limités : équipements manquants, personnel absent et bâtiments peu accueillants. De plus, bien qu’étant public, il n’y a dans les faits que le bâtiment et les services des professionnels qui sont gratuits. Tout le reste doit être acheté par la famille du patient (médicaments, nourriture, gants pour l’infirmière ou le médecin, etc.). Finalement, les ONG telles que Médecins sans frontières offrent des soins aux patients les plus pauvres qui ne peuvent compter sur le système public.

Le séisme a bien entendu mis de la pression sur ce système de santé à trois têtes. Dans le chaos qui a suivi le séisme, certaines ONG internationales ont échappé à la tutelle du gouvernement haïtien et de l’ONU, ce qui n’a pas permis d’intervenir de manière efficace et coordonnée en matière de santé.

Dans ce contexte, le travail du personnel infirmier est difficile. Pratiquer dans le système public est compliqué : puisque les salaires ne sont pas versés sur une base régulière, les infirmières doivent souvent cumuler deux ou trois emplois et travailler dans le secteur privé ou pour des ONG afin de boucler leur fin de mois.

De plus, le contexte de travail n’est pas sécuritaire. Les bâtiments sont décrépits, mal entretenus et souvent insalubres, et il y a un manque criant de matériel. Puisque les patients doivent défrayer eux-mêmes les coûts du matériel et des médicaments, les infirmières n’ont souvent pas tout ce qu’il faut pour se protéger adéquatement (gants, masques, etc). Ce niveau de risque important auquel est confronté le personnel de la santé est souvent dénoncé. En effet, en raison du manque de matériel de travail de base (des gants, par exemple), elles assument souvent des risques pour leur propre santé lorsqu’elles prodiguent des soins aux patients.

Au niveau syndical, le recouvrement des cotisations est problématique. En effet, l’État perçoit des cotisations sur le salaire des employées, mais ne les reverse pas vraiment aux organisations syndicales. Ainsi, certaines présidentes de syndicat, telles que Rose Bello Bernard, du Syndicat du personnel infirmier (SPI), se voient obligées de recueillir les cotisations syndicales de porte-à-porte.

Cette situation est d’ailleurs généralisée à l’ensemble du pays, puisque les droits syndicaux demeurent extrêmement fragiles en Haïti. En effet, les employeurs jouissent d’une liberté absolue en ce qui a trait à la manière dont ils traitent leurs employés. Les cas de harcèlement de syndicalistes et le recours au licenciement, mesures qui sont interdites dans la législation du travail, sont monnaie courante. De plus, afin de mettre des bâtons dans les roues des organisations syndicales, les employeurs donnent des primes à ceux et celles qui refusent de se syndiquer. Finalement, bien que de tels comportements soient interdits par le Code du travail, le gouvernement n’impose en aucun cas d’amende aux employeurs qui se rendent coupables d’ingérence dans les affaires internes des syndicats ou adoptent des mesures antisyndicales.

Il existe en Haïti des institutions créées afin de régler les conflits du travail, mais elles ne fonctionnent pas du tout. Les cas portés en médiation ou en arbitrage sont rarement résolus, et les procès menés dans le cadre des tribunaux du travail sont inéquitables, les juges étant mal formés et les échéances n’étant pas respectées. De plus, comme les frais d’avocats sont très élevés, peu de travailleurs et travailleuses ont recours à ces tribunaux dont les sentences, de toute façon, ne sont presque jamais appliquées.